Méthodologie

Comment nous notons les croquettes

Une croquette n’est jamais bonne ou mauvaise dans l’absolu. Elle est plus ou moins adaptée à un chat précis. Et comme l’étiquette ne dit jamais tout, notre grille est d’abord une grille de prudence : nous vous disons ce que nous savons, ce que nous avons dû estimer, et ce que nous avons choisi.

  • 7profils de chat
  • 1 notepar profil, pas une moyenne
  • 70 + 30points d’analyse, points d’ingrédients
  • 4constituants obligatoires sur l’étiquette

Notre parti pris

Une grille de sécurité, pas un article scientifique

Il faut le dire d’emblée, parce que c’est ce qui distingue notre note de celle d’un laboratoire : tous nos seuils ne viennent pas d’une étude. Certains oui, et nous les citons. Les autres sont des choix éditoriaux de prudence, pris quand la littérature féline ne tranche pas.

La raison est simple. Sur beaucoup de questions, la recherche vétérinaire féline n’existe pas encore, ou porte sur douze chats pendant six semaines. Nous avons alors deux options : ne rien dire, ou dire quelque chose de prudent en expliquant d’où ça vient. Nous prenons la seconde, et nous marquons la différence.

Le doute profite au chat

Quand deux lectures sont défendables, nous retenons la plus prudente pour l’animal, pas la plus flatteuse pour le produit. Un nutriment qui pourrait poser problème coûte des points même si la démonstration n’est pas définitive.

Une donnée absente coûte, ou rend la note impossible

Les deux existent, et nous ne les mélangeons pas. Le magnésium et le phosphore, qui décident des profils urinaire et senior, ne s’estiment pas : sans eux, nous n’affichons pas de note sur ces profils. La fiche dit « non évaluable », pas « moyen » – un chiffre inventé serait pire qu’un aveu. Pour les autres critères, une valeur non publiée ne rapporte que 30 % de ses points, et la transparence de l’étiquette est elle-même notée dans le volet ingrédients. Les glucides, eux, ne sont déclarés nulle part et se calculent par différence, sur 97 de nos fiches sur 124 : c’est écrit sur chacune. Ce n’est pas un reproche aux marques, c’est la limite de ce que nous pouvons affirmer.

Un minimum légal n’est pas un objectif

Nos cibles sont au-dessus des planchers FEDIAF, et un critère perd d’autant plus de points qu’il s’en éloigne. Un aliment tout juste conforme n’est pas noté zéro pour autant : il reste complet et sûr, ce que la note doit refléter. Il est simplement distancé par ceux qui visent la cible plutôt que le seuil.

Transparence

Ce qui vient d’une étude, ce qui vient de nous

Voici la liste, sans tri avantageux. À gauche ce qu’une publication établit et que nous n’avons pas choisi. À droite ce que nous avons décidé, faute de mieux.

Étude Seuils issus de travaux publiés

La part des lipides dans l’énergie
Backus 2007 modélise la masse grasse du chat en fonction de la part lipidique de l’énergie et trouve un creux vers 19 à 22 %. Nos zones vertes de matières grasses en découlent, converties avec la densité de chaque recette.
Les glucides ne font pas grossir le chat
Méta-analyse Godfrey 2025, seize études : aucun lien entre glucides et masse grasse. Ce sont le gras et l’ingéré total qui portent l’association.
La source d’amidon décide de la glycémie
de-Oliveira 2008, 36 chats, six sources : le maïs élève encore la glycémie dix heures après le repas. Zhang 2023, 30 chats, cinq sources : la pomme de terre donne les plus fortes aires sous courbe.
L’amidon non digéré fermente dans le côlon
Kienzle 1993, repris par Kayser 2024 : au-delà de 5 g de glucides digestibles par kilo de poids vif, la fermentation colique provoque des effets digestifs adverses. Kienzle mesure aussi la digestibilité pré-cæcale de l’amidon de maïs cuit à 72 % seulement, avec un écart-type de 17 : c’est cette variabilité qui définit le chat sensible.
Le phosphore et les reins
Quatre essais convergent, et ils ne disent pas ce qu’on croit. Pastoor 1995 et Dobenecker 2018 observent des lésions à 3 g pour 1 000 kcal, mais avec un rapport calcium/phosphore de 0,3 à 0,4. Alexander 2019 en observe à 4,8 g dont 3,6 de phosphore inorganique. Coltherd 2021 nourrit 4 à 5 g avec un rapport supérieur à 1 et peu d’inorganique : aucune lésion. Ce n’est donc pas le total qui nuit, c’est le phosphore soluble avec un rapport bas.
Le chat âgé a besoin de plus de protéines
Recommandations AAHA 2023 pour le chat âgé. Un chat perd jusqu’à un tiers de sa masse musculaire entre dix et quinze ans.
Le gras n’aggrave pas la diarrhée du chat
Laflamme 2011, 55 chats en diarrhée chronique, aliments à 10 % puis 20 % de gras : 78 % s’améliorent, sans aucune différence entre les deux. C’est la digestibilité qui agit, pas la restriction lipidique. La règle du régime maigre vient de la médecine canine.

Notre choix Réglages de prudence, sans étude derrière

Les repères de glucides, profil par profil
22 % pour une digestion sensible, 25 % pour un chat en surpoids, 30 % pour la plupart des autres, 35 % pour un chat stérilisé. Ces chiffres sont des choix. Le seul seuil démontré chez le chat concerne la fermentation colique et se situe plutôt vers 40 %. Nos repères sont donc plus exigeants que la preuve, et ils reposent sur un autre argument, celui de la dilution : chaque point de glucides est un point qui n’est pas de la viande.
La hiérarchie des sources protéiques
Viande entière nommée, farine nommée, hydrolysat, catégorie générique, protéine végétale : cette échelle est la nôtre. Aucune étude ne la chiffre. Elle traduit une conviction, qu’une espèce nommée est vérifiable et qu’une catégorie réglementaire ne l’est pas.
Les pondérations entre critères
Aucune publication ne dit que les protéines comptent deux fois et demie plus que le phosphore. Ce sont des jugements. Nous les avons mis à l’épreuve sur le profil stérilisé et 87 produits réels, en tirant au hasard chaque poids entre moins et plus 30 %, cent fois : la corrélation de rang avec le classement de référence reste au-dessus de 0,96 dans le pire tirage. Ce qui départage les produits, ce sont donc les écarts réels de composition, pas notre façon de les additionner. Ce test porte sur un profil, pas sur les sept.
Le partage 70 / 30 entre analyse et ingrédients
Notre note se construit en deux blocs : 70 points pour l’analyse nutritionnelle, 30 pour la lecture de la liste d’ingrédients – la source protéique nommée (10), la part animale (6), la nature des végétaux (5), la transparence de l’étiquette (5) et la propreté de la liste (4). Ce partage est une décision, pas une mesure. Il nous oblige à arbitrer au lieu d’empiler.
Le sort d’une donnée manquante
Rien ne dit qu’un critère non publié « vaut » 30 % de ses points plutôt que 40. C’est un curseur de prudence, choisi pour qu’une étiquette muette ne puisse jamais rivaliser avec une étiquette complète. Et quand la donnée absente est celle qui décide du profil – le magnésium et le phosphore en urinaire, le phosphore en senior, le couple calcium-phosphore en chaton – nous ne notons pas du tout : « non évaluable » est une information, pas un trou.
Les glucides calculés par différence
Aucune marque ne les déclare. Nous les obtenons en retirant de 100 les protéines, les matières grasses, la cellulose, les cendres et l’humidité. Ce calcul est la pratique du secteur, mais il n’est pas neutre : les fibres solubles, que l’étiquette ne déclare pas, atterrissent dedans. Notre chiffre est donc un peu plus haut que l’amidon réel, et la fiche indique toujours s’il est déclaré ou estimé.
Le repère de digestibilité à 87 %
Il vient d’actes de congrès WSAVA 2009, c’est-à-dire de l’expertise clinique mise par écrit, pas d’un essai contrôlé. Nous l’employons comme repère et jamais comme couperet.
La courbe de sévérité
Un critère parfait reste parfait, tout le reste vaut moins qu’une simple règle de trois, et d’autant moins qu’il s’éloigne de la cible. Cette accentuation est un choix de lecture : elle écarte les produits médiocres du milieu de tableau, où une moyenne linéaire les laisserait.

Une réserve qui vaut pour toute la page. Ce que nous appelons glucides est un taux calculé par différence, pas un taux d’amidon mesuré. L’amidon n’est presque jamais publié, et les fibres solubles, que l’étiquette ne déclare pas, sont comptées avec lui. Notre chiffre est donc structurellement un peu plus haut que l’amidon réel.

Le principe

Une note universelle serait trompeuse

Une croquette peut être très bien pour un chaton, correcte pour un chat stérilisé et peu adaptée à un senior. Nous calculons donc sept notes distinctes, et nous affichons celle du profil que la recette revendique et sert réellement le mieux.

🏡Stérilisé et intérieur Protéines rapportées aux calories, matières grasses contenues, densité maîtrisée.
🌳Actif et extérieur Protéines élevées et graisses généreuses pour une vie dépensière.
⚖️Perte de poids Moins de gras et de calories, protéines préservées pour le muscle.
🤍Senior après 7 ans Phosphore bas, rapport calcium sur phosphore équilibré, protéines maintenues.
💧Urinaire Magnésium, phosphore, calcium et charge minérale totale.
🛡️Digestion sensible Sources simples et digestes, fibres utiles, peu de plantes différentes.
🐱Chaton Croissance, ossature, énergie et cohérence de l’étiquette.

Nos écarts

Là où nous ne suivons pas le discours courant

Trois affirmations circulent partout, y compris chez des comparateurs sérieux, et les données félines ne les soutiennent pas. Nous préférons le dire que le suivre.

Ce ne sont pas les glucides qui font grossir

Nos notes poids et stérilisé jugent donc d’abord les matières grasses et la densité calorique. Le vrai reproche à l’amidon est ailleurs et il reste valable : chaque point de glucides est un point qui n’est pas de la viande.

Le chat âgé a besoin de plus de protéines, pas moins

L’idée de ménager les reins en baissant la protéine concerne les chats dont l’insuffisance rénale est diagnostiquée et avancée. Chez un chat âgé en bonne santé c’est l’inverse. Ce qu’il faut abaisser, c’est le phosphore, pas la viande.

Un phosphore élevé n’est pas toujours un phosphore dangereux

Ce qui a fait des dégâts dans les études, c’est le phosphore soluble ou inorganique avec un rapport calcium sur phosphore bas. Un phosphore venu de l’os, accompagné d’un bon rapport, n’est pas le même sujet qu’un phosphate ajouté. Nous lisons donc les trois ensemble et jamais le total seul.

Le calcul

Comment se fabrique une note sur 100

Deux blocs et deux garde-fous, dans cet ordre. Chacun répond à une question différente, ce qui garantit qu’un même défaut n’est jamais facturé deux fois.

  1. Les chiffres de l’étiquette – 70 points

    Chaque critère reçoit une note de 0 à 1 et un poids propre au profil : en stérilisé, les protéines rapportées aux calories pèsent le plus ; en senior, c’est le phosphore ; en urinaire, le magnésium. La valeur pleine correspond aux meilleurs produits du marché, le zéro aux plus faibles – les ancres sont calées sur notre catalogue, jamais sous le minimum réglementaire.

  2. Ce qui se lit sur les ingrédients – 30 points

    Le second bloc note la liste d’ingrédients, en positif : la source protéique nommée (10 points), la part animale (6), la nature des végétaux (5), la transparence de l’étiquette (5) et la propreté de la liste (4) – charges de remplissage, additifs controversés, même plante découpée en plusieurs lignes. Une liste propre gagne ses points, elle ne se contente pas d’éviter des malus.

  3. Les contre-indications

    Des plafonds, pas des soustractions, et il n’en reste que quatre, les cas franchement contre-indiqués : un aliment d’adulte servi à un chaton, des sucres ajoutés dans une recette de croissance, un phosphore inorganique dominant chez un senior ou un chat urinaire, un rapport calcium sur phosphore inversé avec un phosphore élevé. Le plus bas commande et empêche la note de monter.

  4. Ce que nous n’avons pas pu vérifier

    Seuls les protéines, les matières grasses, la cellulose et les cendres sont obligatoires en Europe. Le phosphore, le calcium, le magnésium et les oméga sont facultatifs, et beaucoup de marques s’en dispensent : 90 de nos fiches sur 124 ne publient pas leur magnésium. Un critère absent ne rapporte alors que 30 % de ses points, la transparence pèse sur le volet ingrédients, et quand la donnée manquante est celle qui décide du profil, la note n’est pas affichée du tout. C’est la seule façon d’être juste envers les marques qui publient tout.

Les limites

Ce que cette note ne dit pas

Nous notons ce qui est écrit sur le paquet. Cela ne mesure ni la qualité réelle des matières premières, ni la digestibilité, qui demanderait un essai sur des chats vivants. Une marque discrète peut être excellente et nous ne le saurons pas. Et aucune note ne remplace un vétérinaire, en particulier chez un chat déjà malade.

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